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LCarte manufactures de céramiquesa Lorraine est une terre faïencière par excellence. C'est d'ailleurs la région où la densité des faïenceries, petites ou grandes, est la plus importante. A cela plusieurs raisons: la matière première nécessaire à la fabrication se trouve sur place, les cours d'eau pour l'énergie, les bancs d'argile pour la pâte et le bois pour les fours.

D'ailleurs les premières manufactures s'installent au tout début du XVIII° siècle, grâce là aussi à une conjoncture favorable. Les efforts de guerre engagés par la France ont contraint Louis XIV à prendre une série de mesures connues sous le nom d'édits somptuaires (1689 – 1699 - 1709), destinées à renflouer les finances en faisant fondre la vaisselle et les couverts en métal précieux, essentiellement or et argent. Comme l'écrivit Saint-Simon, "tout ce qu'il y a de grand se mit à la faïence". Ceci a eu entre autres pour effet de donner une nouvelle impulsion à certains secteurs de production, en particulier les faïenceries, qui de ce fait connaissent un essor important. Lunéville, à cette époque ville de cour, a bénéficié elle aussi de cet essor.

L'histoire des manufactures de Lunéville et Saint-Clément est liée à celle de la famille Chambrette. En 1712, Jean-Jacques Chambrette (1683-1751), maître faïencier à Dijon, a l'autorisation de créer, par lettres patentes, pour le comte de Fontenoy une entreprise en Lorraine à Champigneulles. Jean-Jacques Chambrette dirige cette faïencerie jusqu'en 1731. A cette date il quitte Champigneulles pour Lunéville.

 Lunéville est alors la résidence du duc de Lorraine Léopold , qui, après le Leopold Duc de Lorrainetraité de Ryswick, revient en Lorraine mais ne souhaite pas résider à Nancy occupée par les troupes françaises.
Il s'installe avec sa cour à Lunéville et y développe l'activité économique en y attirant nombres d'artisans . Ceci n'est pas étranger au choix de Chambrette car là aussi la terre, l'eau et le bois, présents sur place, fournissent la matière première nécessaire à la fabrication de la faïence. Le fils de Jean-Jacques Chambrette était déjà établi à Lunéville en 1722 comme marchand de faïences. C'est en 1730 que les premières pièces sortent des fours. L'entreprise se situe dans le quartier de Viller.



Elisabeth Charlotte
, épouse du feu duc Léopold, accorde à Jacques Chambrette fils l'autorisation de s'établir et l'exemption des taxes.
Une vingtaine d'ouvriers sont employés à la manufacture qui prospère rapidement. Jacques Chambrette s'attache à améliorer ses productions en particulier pour mieux imiter la porcelaine qui connaît un succès grandissant.

En 1749, Jacques Chambrette est autorisé à travailler la terre de pipe et c'est sous les yeux du successeur de Léopold, Stanislas, et de sa cour que sont présentés les résultats des essais. Des faïences d'une blancheur lumineuse sont produites et en 1753, la faïencerie est élevée au rang de manufacture royale. Les effectifs sont alors de l'ordre de 250 ouvriers.



Pour poursuivre son expansion, il faut à Jacques Chambrette vendre en France. Lunéville est en terre lorraine, donc étrangère, et les produits destinés à la France sont lourdement taxés. Pour éviter ces droits de douane, Chambrette fait l'acquisition d'une propriété à Saint-Clément, petite localité située en terre évêchoise à 8 kilomètres de Lunéville. C'est en 1758 qu'il obtient l'autorisation d'y débuter la fabrication de faïence.

La même année, le 17 février, Chambrette meurt. Sa veuve, Elisabeth Charlotte, son fils et son gendre prennent la direction de l'entreprise. La mort de Stanislas en 1766 et les mésententes familiales contribuent au déclin des deux faïenceries qui se séparent.

 Le site de Lunéville est en faillite. Les créanciers sont nombreux et la vente judiciaire est rendue nécessaire en 1785. Sébastien Keller et Jean Alexandre Cuny achètent l'entreprise pour la somme de trente mille deux cents livres de Lorraine.

Il faut deux années à Keller et Cuny pour remettre en activité la faïencerie. Les nombreuses difficultés rencontrées, taxes trop élevées, concurrence anglaise, concurrence des petites faïenceries créées par d'anciens ouvriers, entravent le développement de la manufacture. Pourtant le droit de libre extraction des terres accordé par le chancelier Lasnière est un point positif,  la décision de 1786 autorisant la libre circulation permet d'exporter la production, mais en contrepartie d'importer également massivement des faïences anglaises.

En avril 1786, Claude Drouin, maire de Lunéville achète les parts de la faïencerie que vend Alexandre Cuny dont la santé est déficiente. L'état de Cuny s'aggravant, il laisse ses dernières parts à Drouin et Keller. La faïencerie connaît alors une période de redressement. Les effectifs augmentent et passent de 20 à 80 ouvriers. Claude Drouin cède à son tour ses parts le 20 mars 1793 à Sébastien Keller.

 
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